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Salaires, lutter contre la sécheresse
C’est une décision sans précédent que la SNCF a prise le 9 juillet dernier en retirant, hormis l’intégration d’un demi-point de résidence pour les retraités, l’ensemble de ses propositions émises lors de la table ronde du 1er juillet 2004. Retour en arrière sur une “négociation” qui impose un “match retour” de haut niveau.
Excitée par l’opportunité d’afficher dans le paysage sociopolitique actuel un accord salarial à la SNCF, la direction est rapidement revenue sur terre à l’annonce de la seule signature, minoritaire de surcroît, de l’UNSA. Dès lors, elle a cherché coûte que coûte à retomber sur ses pieds en renvoyant la responsabilité de l’échec des négociations vers les organisations syndicales.
Une situation dégradée
Pourtant, la CGT n’avait pu être plus claire en prévenant la direction, à maintes reprises, qu’un accord salarial ne pouvait s’envisager qu’autour d’augmentations générales des salaires et pensions significatives, prenant en compte la situation réelle et les attentes des cheminots actifs et retraités. S’arrêter sur la différence de l’évolution des prix et celle des salaires depuis 1981 suffit à comprendre la situation salariale des cheminots (voir graphique). Les estivants ont fait les frais de ce différentiel qui pèse fortement sur la consommation des ménages.
Cette régression effective du pouvoir d’achat est la répercussion d’une économie réalisée sur les salaires et pensions. Chez les cheminots, la valeur du point de grille, qui sert au calcul de la rémunération, a été dévalorisée de 16, 8 % depuis décembre 1981. On peut en déduire que la direction a “récupéré” sur chaque cheminot l’équivalent de 6 positions sur la grille. Ce qui tire l’ensemble du paiement des qualifications vers le bas. Cela conduit à une situation salariale particulièrement dégradée (voir encadré), qui aurait pu l’être encore sans les mobilisations des cheminots. Autant dire qu’après ce constat amer, les propositions nouvelles de la direction renfermaient un goût acide. Plus qu’une provocation, c’est un véritable affront qu’elle faisait aux cheminots en proposant de faire entériner une nouvelle baisse importante de pouvoir d’achat aux organisations syndicales. Il s’agit là d’un véritable chantage inacceptable.
Un chantage dans l’air du temps
1,5 % d’augmentation générale en 2004, c’était la proposition de la direction dans le cadre du projet d’accord (voir chronologie). Cela signifiait qu’elle considérait l’exercice 2003 clos et vierge de toute augmentation générale. En clair, en 24 mois, de janvier 2003 à décembre 2004, elle projetait de revaloriser les salaires et pensions de 1,5 % alors qu’en 18 mois (janvier 2003 à juin 2004) le coût de la vie avait pour sa part augmenté de 3,9 %.
À l’arrivée, les cheminots sont en droit de se demander où sont passés ces fameux “grains à moudre” et “avancées salariales” tant promis par le président et les dirigeants de la SNCF en mai 2004, dans le cadre de la préparation de l’action du 13 mai. D’autant qu’au même moment, direction et gouvernement s’affairent à mettre sur la table des millions d’euros pour casser le Fret.
Ce chantage se transforme en véritable duperie quand la direction applique la complainte du “VOUS NE SIGNEZ PAS, ALORS JE RETIRE MES PROPOSITIONS”.
Ce mode opératoire n’est pas sans nous rappeler celui du gouvernement Raffarin et du patronat qui manie à tour de rôle carotte et langue de bois, pour atterrir finalement sur le bâton. Cela est tout aussi inacceptable que le chantage à l’emploi activé par le Medef pour casser les 35 heures.
Notre responsabilité : construire
Les cheminots sont en droit d’attendre autre chose de la direction d’entreprise. Sa responsabilité est de se remettre autour de la table et d’engager une réelle et sérieuse négociation salariale en prenant cette fois en compte les aspirations des cheminots que peut légitimement porter la CGT. (voir les propositions)
Dans le contexte actuel, la pression des cheminots sera essentielle. Car s’ils comprennent majoritairement que toutes les fédérations syndicales, sauf l’UNSA, ont rejeté les propositions de régression salariale de la direction, ils sont aussi en droit d’attendre des dispositions pour gagner d’autres négociations avec un contenu beaucoup plus favorable.
Cet objectif offensif nous confère à tous, syndiqués, militants, de grosses responsabilités. Les organisations syndicales et plus particulièrement la CGT vont être jugées sur leur capacité à peser sur une situation délicate. La direction le sait très bien.
En cherchant dans ce dossier à opposer les organisations syndicales aux cheminots, elle veut réduire le rapport de forces dans l’entreprise et ainsi se libérer de tout contrepoids gênant sa marche en avant libérale. D’ailleurs, le gouvernement lui concède un appui dissimulé non négligeable dans sa démarche. Une démarche qui en dit long sur leur conception réelle du dialogue social.
“Une signature sans débat n’a pas le même impact qu’une signature débattue et convaincue”.
La pétition commune (télécharger la pétition) CGT CFDT FO CFTC SUD CGC et FGAAC, comme un outil de débat pour élargir et intensifier la pression, doit être utilisée et donc signée massivement par les cheminots actifs et retraités. Cela doit nous permettre de mettre en avant les propositions CGT pour revaloriser les salaires et pensions.
C’est au prix de notre capacité à sensibiliser les cheminots et à construire le rapport de forces que se conquerra une initiative revendicative de haut niveau dans le courant du mois de septembre. N’attendons pas tout d’une décision qui ne trouvera sa réelle dimension que dans la construction revendicative au plus près des cheminots
La pétition en cours ne doit donc pas être reçue comme une pétition de plus, contexte à l’appui, mais une pétition pour élever la mobilisation et transformer les attentes en avancées salariales significatives.
Nul doute que tous les débats engagés seront autant de points d’appui pour démultiplier la participation des cheminots à la manifestation nationale unitaire des cheminots à Paris, le 25 novembre prochain.
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