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Dans un article de presse de fin mars, le président de la SNCF fait renaître le spectre de l’intéressement, voire d’autres formes inadaptées et injustes de rémunération, au regard des bons résultats financiers de la SNCF. Qu’en est-il exactement ?
Des bons résultats financiers dans lesquels le gouvernement n’hésite pas à puiser: après l’annonce d’un versement de dividendes de 130 millions d’euros, ce serait à la SNCF de prendre en charge les tarifs sociaux (carte famille nombreuse…) à hauteur de 70 millions d’euros par an !
EXIGEONS UNE AUGMENTATION DES SALAIRES !
De ce fait, les cheminots sont en droit d’exiger un juste retour des fruits de leur travail, notamment par une augmentation de leur salaire, alors que dans le même temps l’augmentation des prix atteint 3,2 % sur les 12 derniers mois (voir la pétition). À noter que les organisations syndicales signataires de l’accord salarial 2007 (CFDT, CFTC, UNSA, FGAAC), qui limite l’augmentation des salaires à 1,5 % pour une inflation à 2,6 %, ont senti « le vent du boulet » et ont profité, pour certaines, des négociations sur les retraites pour réclamer à nouveau la mise en place d’un PERCO (plan d’épargne retraite collectif) alimenté, entre autres, par l’intéressement, voire la participation des salariés aux bénéfices de l’entreprise ! Un sérieux coup de main au président de la République qui veut doper, à la demande du Medef, la participation et l’intéressement au détriment d’une véritable politique salariale qui favoriserait le travail en lieu et place du capital.
L’INTÉRESSEMENT JOUE CONTRE L’EMPLOI, LES SALAIRES ET PENSIONS
Car si légalement un accord d’intéressement ne doit pas s’opposer pas à la négociation d’un accord salarial, il n’en demeure pas moins que l’excédent brut d’exploitation de la SNCF (ou la différence entre les recettes et les dépenses) se construit à la fois sur le développement de l’activité (les recettes) et la réduction des coûts (les dépenses).
Or dans une entreprise à forte contrainte de main d’œuvre (la masse salariale représente 44 % des dépenses à la SNCF), c’est en réduisant l’emploi et la reconnaissance des qualifications, en limitant la portée des déroulements de carrière et en négociant des accords salariaux inférieurs à la hausse des prix, que l’on contribue à créer un excédant brut d’exploitation.
Cette politique a des effets désastreux sur la qualité du service public, sur les conditions de vie et de travail (des cheminots dorment dans leur voiture sur le parking de leur établissement parce que les loyers sont chers !) et affaiblit le financement de la protection sociale (voir tableau).
Il existe d’ailleurs une contradiction (mais certaines OS n’en sont pas à une près !) à vouloir défendre le régime spécial de retraite et ses droits spécifiques et revendiquer l’intéressement ; outre le fait que les sommes ne sont pas soumises à cotisations … celles-ci ne rentrent pas dans le salaire liquidable qui sert au calcul du montant de la pension.
Aussi verrons-nous avec l’intéressement le taux de remplacement (la différence entre le salaire en activité et le montant de la pension en retraite) se creuser un peu plus ! Il est aujourd’hui, en moyenne, de 60 % ; plus l’intéressement augmente plus ce montant diminue !
Exemple pour 100€ (brut) versés à l’agent au CP
Pour l’agent, le gain est faible…
| Augmentation générale | Prime d’intéressement | | En brut | 100 | +8euros | 100 | | Cotisation agent | 16,45 | 7,76 | | Net | 84,18 | 92,21 |
Et surtout, il n’est qu’apparent: c’est moins pour la protection sociale ! L’agent gagne 8 euros sur le coup mais à l’arrivée il perd pour sa protection sociale et notamment sur son montant de pension.Pour la SNCF, c’est 61 % d’économie…
| Augmentation générale | Prime d’intéressement | | En brut | 100 | -61euros | 100 | | Cotisation patronale | 61,18 | 0 | | Coût SNCF | 161,18 | 100 |
...par rapport à un versement en salaire statuaire fait sur le dos de la protection sociale !
Question: à qui profite le crime ? |
UN OUTIL DE MANAGEMENT
Si l’intéressement est une trappe à bas salaire, à broyer la protection sociale et à appauvrir les futurs retraités, c’est aussi, ou plutôt avant tout, un formidable outil managérial vieux comme le monde afin de contourner l’opposition « capital-travail » et la lutte des classes.
L’intéressement incite les salariés, en l’occurrence les cheminots, à s’inscrire dans une stratégie industrielle, décidée par la direction en accord avec le gouvernement, en abandonnant leurs revendications et les luttes ; la façon dont bon nombre d’organisations syndicales abordent la question du fret est significative de ce côté-là ! En revendiquant l’intéressement, ces OS sont au moins cohérentes avec elles-mêmes à défaut de défendre les intérêts des cheminots.
Quand G. Pépy, dans sa lettre aux cheminots, parle d’écrire un nouveau contrat social, il prend soin juste après de rappeler « la nécessité de maîtriser les coûts ! ». En clair, quoi qu’il soit dit, la loi est aisément contournée et contournable puisque maîtriser les coûts revient à un moment ou un autre à substituer les augmentations de salaires par des formes de rémunération aléatoires et injustes comme l’intéressement.
EN CONCLUSION, TOUTE PROVISOIRE…
On peut affirmer, sans être démenti, que l’intéressement est un accord stratégique (d’où l’acharnement de la direction) qui remet en cause l’entreprise publique, le statut et le régime spécial… en échange d’une « prime aléatoire ».
Et bien, la CGT s’affirme: le jeu n’en vaut pas la chandelle, ces formes de rémunération sont des marchés de dupes !
Nous devons, militants et syndiqués, convaincre les cheminots de revendiquer, avec la CGT, une augmentation générale des salaires et pensions.
Dominique Lagorio
Secrétaire fédéral en charge du secteur salaires
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